Les 10 Commandements du Patient Alzheimer
Mieux comprendre pour mieux accompagner

Accompagner une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer est un défi quotidien pour les aides-soignants et les proches aidants. Souvent, la frustration naît d’une incompréhension mutuelle. Pour nous aider à ajuster notre regard, imaginons ce que le patient nous dirait s’il pouvait formuler ses besoins profonds.
Voici les 10 commandements de la personne atteinte d’Alzheimer, un décalogue essentiel pour une prise en soin humaniste.
1. Ne me demande pas de me souvenir
Ma mémoire immédiate s’efface. Me poser la question « Tu te rappelles ce qu’on a fait ce matin ? » me met face à mon échec et génère de l’anxiété. Raconte-moi plutôt notre journée comme une nouvelle histoire.
2. Ne me gronde pas comme un enfant
Je suis un adulte qui perd ses facultés, pas un enfant qui fait des bêtises. Garde un ton respectueux et évite l’infantilisation. Ma dignité est la dernière chose qu’il me reste.
3. Simplifie tes phrases
Mon cerveau traite l’information plus lentement. Utilise des phrases courtes, un seul sujet à la fois, et laisse-moi le temps de répondre (parfois plus de 20 secondes sont nécessaires).
4. Ne me contredis pas devant les autres
Si je dis que ma mère va venir me chercher (alors qu’elle est décédée), ne me heurte pas avec la réalité brutale. Rejoins-moi dans mon émotion. Demande-moi plutôt : « Elle te manque aujourd’hui ? ».
5. Regarde-moi quand tu me parles
Le contact visuel et le langage corporel sont mes nouveaux repères. Un sourire ou une main posée sur mon bras transmettent plus de sécurité que n’importe quel long discours.
6. Garde une routine rassurante
Le chaos me terrifie. Les horaires fixes pour les repas, la toilette et le coucher sont les murs invisibles qui soutiennent ma maison intérieure. La répétition est ma sécurité.
7. Ne parle pas de moi comme si je n’étais pas là
Même si je semble déconnecté ou que je ne réponds pas, je perçois les tensions et les regards. Inclue-moi dans la conversation, même par un simple geste.
8. Encourage mes capacités restantes
Ne fais pas tout à ma place sous prétexte que je vais trop lentement. Si je peux encore tenir ma cuillère ou choisir mon pull, laisse-moi ce pouvoir. C’est ce qui entretient mon estime de moi.
9. Pardonne mes sautes d’humeur
Si je suis agressif, ce n’est pas contre toi, c’est contre ma peur, ma douleur ou ma confusion. Je ne fais pas exprès d’être « difficile », je suis juste perdu.
10. Aime-moi pour ce que je suis aujourd’hui
Ne cherche pas désespérément la personne que j’étais autrefois. Apprends à découvrir celui ou celle que je suis devenu dans l’instant présent. Mon cœur, lui, n’oublie pas l’amour que tu me donnes.
Le mot de l’expert
En tant qu’aide-soignant, notre rôle dépasse le soin technique. Nous sommes des « traducteurs d’émotions ». En appliquant ces principes, on réduit les troubles du comportement et on améliore significativement la qualité de vie du résident, mais aussi la nôtre au travail.
À retenir : Ils ne se souviendront peut-être pas de ce que vous avez dit, mais ils se souviendront toujours de ce que vous leur avez fait ressentir.
Ne me demande pas de me souvenir (L’amnésie n’est pas un choix).
Ne me gronde pas comme un enfant (Je reste un adulte digne).
Simplifie tes phrases (Une seule information à la fois).
Ne me contredis pas devant les autres (Ménage ma fierté).
Regarde-moi quand tu me parles (Le contact visuel me rassure).
Garde une routine rassurante (Mes habitudes sont mes repères).
Ne parle pas de moi comme si je n’étais pas là (Je ressens tout).
Encourage mes capacités restantes (Aide-moi à faire seul).
Pardonne mes sautes d’humeur (C’est la maladie qui s’exprime).
Aime-moi pour ce que je suis aujourd’hui (Mon cœur ne vieillit pas).
Face à l’agressivité : Comprendre pour apaiser

L’agressivité chez le patient Alzheimer est rarement de la méchanceté. Pour l’aide-soignant, elle est souvent le signe d’un besoin non satisfait ou d’une douleur que le patient ne sait plus exprimer avec des mots.
Pourquoi cette agressivité ?
- La peur : Une approche trop brusque ou un environnement bruyant.
- La douleur physique : Une infection urinaire, une constipation ou une douleur articulaire.
- La frustration : L’impuissance face à une tâche devenue impossible.
- Le miroir : Le patient ressent votre propre stress ou votre fatigue.
Les clés pour désamorcer une crise
| Ce qu’il faut faire | Pourquoi ? |
| Garder son calme | Le patient s’aligne sur votre état émotionnel. |
| Reculer d’un pas | Respecter l’espace personnel évite le sentiment d’agression. |
| Valider l’émotion | Dites : « Je vois que vous êtes en colère, je suis là pour vous aider ». |
| Faire diversion | Proposez une autre activité ou changez de pièce sans insister. |
Conseil pro : Si la situation s’envenime pendant un soin (douille, change), sachez vous retirer quelques minutes. Il vaut mieux décaler un soin de 15 minutes que de s’engager dans une épreuve de force qui brisera la confiance pour toute la journée.




